Jacques Fretel, programmateur

20/11/10 22:38

Nous poursuivons notre série de portraits, pour vous présenter les personnes qui composent l'équipe de l'Arvor et que vous ne connaissez pas forcément. Dans un cinéma, s'il est une fonction centrale c'est bien évidemment celle de programmateur. A l'Arvor cette fonction est assurée par Jacques Fretel, également programmateur du Ciné-TNB.

Comment Jacques est-il arrivé à occuper ce poste ? Disons qu'il est tombé dans la marmite il y a déjà quelques années, et il n'en est pas ressorti depuis. Sa marmite, c'est la passion du cinéma, un univers et un art qui font rêver beaucoup d'entre nous. Plus précisément, sa motivation première en tant que programmateur est de donner à voir un cinéma différent, qui interroge, qui bouscule, en un mot un cinéma non consensuel. C'est toujours cette même envie qui le guide dans son travail aujourd'hui, une envie qui, espère-t-il, se traduit effectivement dans ses choix de programmation.

"Une oeuvre est faite pour être partagée"

"Art populaire par excellence, le cinéma est bien plus qu'un simple divertissement" explique Jacques Fretel, qui ajoute : "Le cinéma permet d'approcher et de découvrir toutes les autres formes artistiques, du théâtre à la peinture en passant par la musique..." Le programmateur de l'Arvor souligne la très large diversité des films proposés dans les cinémas art et essai : une diversité qui est aussi une richesse, stimulant la curiosité des spectateurs. Et contrairement à l'image qui lui colle à la peau le cinéma d'art et essai est ouvert à tous les publics.

En ce qui concerne ses choix de programmation, Jacques Fretel explique qu'il importe, pour des raisons économiques, de trouver un équilibre entre films porteurs et films plus fragiles. Certains de ses choix peuvent être guidés aussi par une fidélité à un auteur, un distributeur, par exemple Diaphana qui distribue les films de Lucas Belvaux, Robert Guédiguian ou Ken Loach.

Voici quelques films qui, dernièrement, ont suscité un intérêt auprès du public de l'Arvor:

  • "La Trahison" de Philippe Faucon (France) : 1350 spectateurs en 4 semaines. Philippe Faucon, "un cinéaste singulier, pertinent, exigeant, qui va jusqu'au bout de sa démarche et propose des oeuvres fortes", estime Jacques Fretel qui visiblement aime beaucoup.
  • "Je ne suis pas là pour être aimé", deuxième long métrage du Rennais Stéphane Brizé après "Le Bleu des villes" : 3400 entrées à l'Arvor.
  • "Kean" de Lodge Kerrigan (Etats-Unis) : 1600 entrées en 4 semaines pour ce film "dérangeant et véritablement sans compromis".
  • "Gentille" de Sophie Fillières : 2200 entrées en 5 semaines, avec "un film qui demande un vrai investissement du spectateur, sous une apparente facilité".
  • "Caché" de l'Autrichien Michael Haneke : 4600 entrées, un beau succès public.

Du côté des déceptions, Jacques Fretel cite plusieurs films qu'il a eu un vrai plaisir à programmer, mais qui malheureusement n'ont pas trouvé leur public ces derniers mois:

  • "Toni Takitani" de Jun Ichikawa (Japon, photo ci-dessus) : 88 spectateurs.
  • "Une Nuit" de Niki Karimi (Iran) : 100 spectateurs.
  • "La Terre abandonnée" de Vimukthi Jayasundara (Sri Lanka) : 118 spectateurs.

L'art et essai : un rôle de défricheur.

Jacques Fretel considère que les salles art et essai, en prenant des risques dans le choix des films qu'elles soutiennent, jouent un rôle de "défricheur" qu'il est important de conserver. En effet, "qui montrera ces films si les salles art et essai ne les montrent plus ? " interroge le programmateur de l'Arvor. Derrière cette question, Jacques Fretel ne cache pas une certaine inquiétude quant à la survie d'une diversité de l'offre cinématographique.

Des rencontres avec le public à la rentrée.

Pour terminer cet entretien, Jacques Fretel tient à faire passer un message : à la rentrée l'Arvor proposera régulièrement au public des rencontres avec le programmateur, destinées à échanger avec vous de façon ouverte sur les films passés ou à venir. Plus d'infos à ce sujet après l'été.